
Férue de films de genre, il était évident que le travail de Julia Ducournau m’intéresse, et m’amène, ou plutôt m’entraîne dans divers états plus ou moins agréables. L’un des sentiments qu’elle suscite le plus chez moi ? L’impatience. Et oui, à chaque annonce d’un nouveau projet, je suis impatiente de voir ce que cette réalisatrice va nous proposer…
Depuis son premier long-métrage Grave, Julia Ducournau a su nous happer dans sa fibre créative. Elle s’est taillée une place de choix parmi les cinéastes de genre les plus marquants de sa génération. Et ce titre n’est pas usurpé. Deux films seulement lui ont suffit à se faire une place à la table des plus grands, si ce n’est un seul film car Grave avait fait vive sensation dès sa sortie mettant aussitôt son nom sur le devant de la scène. Rien d’étonnant quand l’on mêle talent et rigueur artistique à la perfection.
Il en est de même pour Titane, qui, à mes yeux surpasse un Grave déjà très bon ! Vous voudriez bien reprendre un peu de gore ? Vous allez être servis avec Titane.
Tout commence avec Alexia, que nous suivons dans une première partie percutante, à travers une sorte de croisade meurtrière, devenant Adrien, pour échapper à son funeste destin, devant pour cela altérer son corps, se mutiler de son plein gré, s’infliger des sentences qui sont difficiles à regarder. On a envie de lui hurler « Mais pourquoi tu fais tout ça ? ». Le spectateur se retrouve dans une position déplaisante. Assis devant son écran, obligé de regarder impuissant. On ressent de la pitié, mais jamais de manière négative. Et c’est là toute la puissance de ce film. Nous, les spectateurs ne pouvons rester de marbre devant ce que nous voyons défiler devant nos yeux innocents. N’est-ce pas précisément pour cette raison que l’on regarde un film ? Pour ressentir des émotions fortes, pour être bousculé par ce que l’on visionne. Titane, c’est tout ça à la fois : un film coup de poing avec une mise en scène de qualité, sur un sujet difficile, exploité avec sincérité et justesse.
Transformation faite en Adrien, la deuxième partie du film commence : elle marque un basculement. Le film prend alors une autre tournure, plus intime, plus sensible. Le duo avec Vincent Lindon (qui lui-même abime son corps volontairement avec des stéroïdes) dégage une certaine alchimie entremêlant leur propre sensibilité. La symbiose entre les deux personnages : l’un ayant besoin de quelqu’un sur qui compter et se reposer, l’autre, ayant besoin d’une personne avec qui partager une certaine vie de famille évitant de voir la vérité en face. À quoi bon ? Tant qu’il est heureux.
Titane aborde différents thèmes qui dans notre société dérangent. Par sa volonté de « déranger » le spectateur, Ducournau réussit à faire passer son message avec brio. Le trouble de l’identité sexuelle, l’extrémisme des personnages qui sont prêts à aller jusque dans leurs derniers retranchements à travers des comportements abusifs pour finalement questionner leur propre appartenance à un genre en est l’un des sujets principaux. Le sur-virilisme en prend également pour son grade, représenté ici par Lindon se trouvant dans un milieu caricatural où les pompiers se doivent de cultiver le culte de la puissance physique et du virilisme à outrance.
Cette double transformation donne naissance à une rencontre improbable entre deux êtres écorchées par la vie. Pour Alexia, elle montre la fin de son identité première en tant qu’individu, puis nous assistons à sa renaissance : en trouvant une nouvelle figure paternelle elle n’a plus besoin de fuir. Pour Vincent, c’est aussi un renouveau : la présence de cet « enfant » lui redonne un but.
En amenant ces deux individus lancés chacun à leur manière dans une course contre la montre d’altération des corps pour des raisons opposées, Ducournau explore des questionnements identitaires très contemporains. Ce film est un must-watch pour ces raisons !
Julia Ducournau récidive avec un coup de maître avec Titane. Bien évidemment, cela ne plaira pas à tout le monde, ce n’est pas le but non plus.

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